Version remaniée du texte rédigé pour le programme de la rétrospective Im Kwon-taek à la cinémathèque française, en juin 2001, Jean-Michel Frodon, Cahiers du Cinéma n°597, Janvier 2005, pages 26-27.
L'extrait de cet article fait état d'une mode, d'un code, d'une facilité de filmer bien réelle dans le cinéma contemporain. En témoigne l'avant dernier blockbuster Spielbergien, "The Terminal". Je viens de voir ce film il y a quelques jours seulement, et s'il est une chose qui m'a frappé dès le début et qui semble vouloir persister inlassablement jusqu'à la fin, ce sont bien les innombrables mouvements presque anarchiques de la caméra.
En effet, j'ai eu l'impression que notre fameux barbu à lunettes avait été remplacé par un ordinateur relié à une grue qui lui ordonnait de façon très aléatoire toutes sortes de mouvements, à la seule condition que la caméra cadre bien Tom Hanks. Ceux-ci font bien preuve, comme le souligne à juste titre ce réalisateur coréen de génie, d'un réel manque d'inspiration dans la réalisation. Je crois que je ne me risquerais jamais à compter ne serait-ce que ces sus-cités mouvements de grue ; on m'a pourtant appris à compter au-delà de mille à l'école, mais sans faire de bâton sur une feuille de brouillon, l'addition s'avère plutôt fastidieuse.
Non pas que j'ai un jour voué un culte, quel qu'il soit, à notre binoclar à la pilosité faciale plutôt développée, mais là, c'est carrément la déception. Et encore, Tom Hanks est une nouvelle fois à la hauteur et joue son rôle à l'extrême perfection, son accent laisse deviner des mois d'entraînement (à voir en VO, comme toujours), alors imaginez pour le reste du personnage. Non, la déception bien réelle vient uniquement (enfin c'est déjà pas mal) de la réalisation vraiment médiocre, d'une commune mesure, d'une normalité à en gerber. C'aurait été un inconnu, soit. Mais parbleu ! Il s'agit de Spielberg. Je m'accrochais encore au maigre espoir qu'il était capable de mieux (j'ai vu "War of the Worlds" il y a de cela quelques semaines, et quelle déception là aussi!) mais pour cette fois encore, c'est raté.
Spielberg raconte une histoire. Qu'on la trouve niaise ou émouvante, cette histoire aurait sans nul doute mérité une réalisation plus à sa hauteur. Et n'attendez plus pour découvrir les films de Im Kwon-taek, tels que "Le chant de la fidèle Chunhyang" (2000) ou bien encore "Ivre de femmes et de peinture" (2002), qui eux, sont de véritables objets filmiques et n'existent pas dans le but d'engraisser Amblin et Dreamworks.


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