Publicité

Film de fiction

Jeudi 25 août 2005
" «Je n'aime guère les mouvements de caméra frénétiques qui semblent caractériser le cinéma occidental. Je cherche le mouvement dans l'immobilité. Souvent, je préfère organiser un grand nombre de déplacements à l'intérieur d'un cadre fixe.» Il ajoute que les mouvements de caméra, travellings ou panoramiques, sont souvent la marque d'un manque, d'une insatisfaction envers la composition du plan, comme s'il s'agissait de palier l'impossibilité de trouver le cadre fixe idéal."

Version remaniée du texte rédigé pour le programme de la rétrospective Im Kwon-taek à la cinémathèque française, en juin 2001, Jean-Michel Frodon, Cahiers du Cinéma n°597, Janvier 2005, pages 26-27.



L'extrait de cet article fait état d'une mode, d'un code, d'une facilité de filmer bien réelle dans le cinéma contemporain. En témoigne l'avant dernier blockbuster Spielbergien, "The Terminal". Je viens de voir ce film il y a quelques jours seulement, et s'il est une chose qui m'a frappé dès le début et qui semble vouloir persister inlassablement jusqu'à la fin, ce sont bien les innombrables mouvements presque anarchiques de la caméra.
En effet, j'ai eu l'impression que notre fameux barbu à lunettes avait été remplacé par un ordinateur relié à une grue qui lui ordonnait de façon très aléatoire toutes sortes de mouvements, à la seule condition que la caméra cadre bien Tom Hanks. Ceux-ci font bien preuve, comme le souligne à juste titre ce réalisateur coréen de génie, d'un réel manque d'inspiration dans la réalisation. Je crois que je ne me risquerais jamais à compter ne serait-
ce que ces sus-cités mouvements de grue ; on m'a pourtant appris à compter au-delà de mille à l'école, mais sans faire de bâton sur une feuille de brouillon, l'addition s'avère plutôt fastidieuse.
Non pas que j'ai un jour voué un culte, quel qu'il soit, à notre binoclar à la pilosité faciale plutôt développée, mais là, c'est carrément la déception. Et encore, Tom Hanks est une nouvelle fois à la hauteur et joue son rôle à l'extrême perfection, son accent laisse deviner des mois d'entraînement (à voir en VO, comme toujours), alors imaginez pour le reste du personnage. Non, la déception bien réelle vient uniquement (enfin c'est déjà pas mal) de la réalisation vraiment médiocre, d'une commune mesure, d'une normalité à en gerber.
C'aurait été un inconnu, soit. Mais parbleu ! Il s'agit de Spielberg. Je m'accrochais encore au maigre espoir qu'il était capable de mieux (j'ai vu "War of the Worlds" il y a de cela quelques semaines, et quelle déception là aussi!) mais pour cette fois encore, c'est raté.
Spielberg raconte une histoire. Qu'on la trouve niaise ou émouvante, cette histoire aurait sans nul doute mérité une réalisation plus à sa hauteur. Et n'attendez plus pour découvrir les films de Im Kwon-taek, tels que "Le chant de la fidèle Chunhyang" (2000) ou bien encore "Ivre de femmes et de peinture" (2002), qui eux, sont de véritables objets filmiques et n'existent pas dans le but d'engraisser Amblin et Dreamworks.

Par Jerry Steiner
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 27 août 2005


Jeudi dernier, la première chose que j’ai faite en me levant, et que j’attendais depuis longtemps, ce fut courir à la Fnac pour me procurer d’urgence le coffret Rois et Reine sortit le jour même. Dernier film d’Arnaud Desplechin, c’est aussi l’un des meilleurs. Comme d’habitude, Mathieu Amalric et Emmanuelle Devos sont au rendez-vous, toujours excellents, dans les rôles principaux. Les thèmes abordés au cours du film, récurrents dans l’œuvre de Desplechin, la filiation (ou l’absence de filiation) parentale, la mort également, sont filmés d’une façon magnifique sous un nouveau jour : l’humour est en effet beaucoup plus présent que dans ses films précédent. Les nombreux cuts, au cœur même des séquences, pour rassembler les différentes prises de mêmes plans sont très efficaces, à la fois discrets et dynamisants.
Mais ce qui fait la force de ce film, outre le fait qu’il soit un savant mélange de burlesque et de dramatique, c’est le défilé d’un nombre impressionnant de personnages, tous plus excentriques et plus attachants les uns que les autres. Le film débute sur l’histoire de Nora (Emmanuelle Devos) qui est entrecoupée par des séquences de la vie d’Ismaël, un gentil fou. Sa première apparition nous apprend notamment qu’il « emmerde » ses contrôleurs des impôts, qu’il ne les paiera jamais, juste avant l’irruption de deux infirmiers en psychiatrie venus le chercher après qu’il ait ignoré trois avis de convocation à l’hôpital.




L’un des infirmiers, comme pour justifier sa présence, lui fait part de ce qu’il voit dans l’appartement : « Vous savez la corde avec un nœud coulant qui est accrochée dans le salon avec le tabouret en dessous » et Ismaël de lui répondre « Je suis pas suicidaire, d’accord ? Je comprend, vous voyez la corde, la chaise, donc vous faîtes l’association c’est humain, mais j’ai simplement besoin de savoir que je peux le faire, c’est juste une idée que j’ai besoin d’avoir ; du moment que je l’ai, je le ferais jamais. »



L’ambiance du film est déjà bien installée, et c’est un peu plus tard, lors d’une séance de groupe à l’hôpital, qu’Ismaël fera découvrir les joies du break dance aux autres pensionnaires. Tout cela sans compter les personnages hilarants que sont l’avocat « défoncé » qui n’a aucun scrupule à faire ses courses pour des besoins personnels douteux dans la pharmacie de l’hôpital, ou bien « La Chinoise », étudiante en Sinologie, qui en est à sa cinquième « TS », « des appels au secours », explique-t-elle à Ismaël. « Et alors, il y a quelqu’un qui vient ? » lui demande-t-il. « Pas trop... Mes parents, le Samu...» Je ne parle ici que du côté drôle du film (et encore, en n’en dévoilant qu’une toute petite partie) pour vous laisser découvrir le reste de l’histoire qui l’est moins, mais qui en fait au bout du compte un réel chef-d’œuvre.


Ismaël en train de "breaker"


Hippolyte Girardot, dans le rôle de Maître Mamanne
 
Par Jerry Steiner
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 29 août 2005



Il est un fait indéniable de nos jours, le cinéma asiatique est bien supérieur en qualité à notre cinéma occidental (européen et américain). Même les films d’action le confirment, en témoigne ce Breaking News, venu tout droit de Hong Kong. Il s’agit d’une vague critique contre l’influence des médias sur la population, prétexte à de nombreuses scènes d’explosions et de fusillades entre les bons et les méchants.

Certes, présenté de cette façon, on peut ne pas voir où se trouve la supériorité par rapport à un film américain de base. Cependant, le réalisateur Johnny To a eu l’ambition de faire de sa scène d’ouverture un moment que les spectateurs n’oublieraient pas de sitôt. En effet, il s’agit d’un long plan séquence de 6 minutes et 47 secondes ! Le cadreur est placé sur une grue et sa caméra sûrement sur un steadycam, puisqu’une fois au sol, il se balade dans la rue en toute souplesse où l’action prend place, entre les personnages. L’image n’est pas très stable quand la prise de vue est aérienne mais cela présente le net avantage de pouvoir aller fouiner dans les moindres recoins, comme observer la réunion des « méchants » dans leur appartement.

Lorsqu’ils en ressortent, la fusillade commence alors avec les policiers, l’histoire est lancée. La caméra prend alors plaisir à se placer tantôt du côté des flics, tantôt dans le camp des méchants pour suivre l’action au plus près.

On peut pourtant regretter que la fin de ce plan ne signifie pas la fin de la scène, ce qui aurait été assez logique. Cela est du sans doute aux besoins d’une explosion : le cut a lieu quand un des terroriste tire une roquette sur la police. J’aurais aimé voir durer ce plan jusqu’à la scène suivante, cela lui aurait donné une dimension d’autant plus grande.


ultime image du plan séquence


Et cut depuis l'autre côté de la rue

Je parlais l’autre jour de la fameuse grue de « The Terminal » sans laquelle le film n’aurait pas duré plus de dix minutes. Ici, cet outil n’est pas utilisé à outrance et la mise en scène de l’action qui s’y déroule (donc la préparation du seul plan d’ouverture) a du demander autant de temps à Johnny To et à son équipe qu’à Spielberg pour préparer une bonne cinquantaine de plans de son terminal, au bas mot. Ce ne sont pas tant les allées et venues des personnages qui sont complexes dans « Breaking News », mais le fait de devoir synchroniser les différentes saynètes qui ont lieu dans la rue pour qu’elles s’enchaînent naturellement et sans accroc devant l’objectif.

 
Par Jerry Steiner
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 31 août 2005


La raison pour laquelle j’ai eu envie de voir ce film d’Eric Rohmer est tout simplement parce qu’il a été tourné au Mans, c'est-à-dire chez moi. Au casting, on retrouve Dussollier et Dombasle qui à l’époque, étaient tout jeunes (le film a été réalisé en 1982).

Malheureusement, même en étant objectif, je crois qu’on peut se permettre de dire que le film est très mauvais. A commencer par les acteurs, et principalement le rôle principal de Sabine, tenu par Béatrice Romand. Non seulement elle n’exprime absolument rien à travers son jeu et le ton de sa voix, tous deux spécialement plats, mais en plus, le personnage qu’elle joue est tout à fait détestable. Il s’agit d’une jeune étudiante en histoire de l’art à Paris qui décide du jour au lendemain de se marier, sans même avoir rencontré son futur mari. Son personnage est capricieux comme un enfant de trois ans, méchant aussi et finalement assez bête.

Le film narre donc ses tentatives de séduction sur Edmond, jeune avocat parisien ambitieux qui fait passer sa carrière avant tout (joué par Dussollier). Quant à lui, il n’est pas franchement bon (pas vraiment mauvais non plus) mais son personnage est tout autant désagréable car hypocrite et lâche. Il traite le personnage de Sabine de façon tout à fait odieuse en ne lui donnant aucune nouvelle et en refusant même de la recevoir alors qu’elle pensait qu’ils avaient un début de relation.

En ce qui concerne Arielle Dombasle, elle est assez sobre, et relève le niveau de ce film ennuyeux et sans grand intérêt.

Je parlais l’autre jour de Rohmer, qui avait réalisé un court pour la série « Paris vu par » de 1964. Ce sont pour l’instant ses deux seuls films que j’ai vu, et sûrement les derniers car aucun des deux ne m’a donné envie de fouiner un peu plus dans sa filmographie, et je doute maintenant qu’on puisse y trouver quelques perles que ce soient.

 
Par Jerry Steiner
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 3 septembre 2005

Depuis quelques années, le cinéma coréen a su trouver son propre style pour devenir à mon avis le meilleur à l’échelle mondiale, devançant même (de peu) le cinéma japonais. Les films coréens les plus médiatisés chez nous sont sans doute ceux de Kim Ki-Duk, sortis tous à la suite il y a de cela une année environ (« Printemps, été, automne, hiver et printemps », « The Isle », « Bad Guy », « The Coast Guard »...), et plus récemment « Locataires ». Les distributeurs français étaient sans doute frileux à ce genre de cinéma, bien particulier il faut le reconnaître. Pourtant, il y a peu de temps, on a vu apparaître sur nos écrans « Old Boy » de Park Chan-Wook, vainqueur du Grand Prix au festival de Cannes 2004, qui démontrait une fois de plus le génie naturel qu’ont les coréens à faire des films marquants.


Malheureusement resté trop inconnu dans nos contrées, « My Sassy Girl » (« Yeopgijeogin geunyeo » en VO) de Kwak Jae-Young, sorti en 2001, a bien fait subir au cinéma coréen un considérable bond en avant. Il serait même très probable que d’ici quelques années, il devienne LE film phare de la pop culture coréenne, une référence incontournable au même titre que sont toujours « Les Bronzés Font du Ski » chez nous. C’est une histoire d’amour entre deux étudiants. Jusque là, rien de bien original me direz-vous, mais ce qui est nouveau, c’est la manière d’aborder cette histoire, son contexte social. Le symbole d’une Corée dont la réussite économique n’est plus à démontrer.


Vêtus de leur ancien uniforme de lycée, la présentation de l'ID est indispensable à l'entrée des clubs, et est prétexte à une mise en scène amusante.


C’est avec une certaine tendresse, une certaine poésie, et un humour toujours très fin (quoique, la première scène du métro...) propres au cinéma asiatique en général, que nos personnages sont mis en scène dans des situations quotidiennes qui ne mériteraient pas un film en Occident. Ce sont justement ces symboles qui en font une sorte de modèle pour les coréens, qui leurs suggèrent une façon de vivre qu’aucun citoyen du pays n’aurait imaginé quelques décennies auparavant. Les terrains de sports, les boîtes de nuit, les restaurants sont autant de lieux où se déroule le film, et principalement le métro, symbole de l’urbanisation, de la liberté de mouvement pas si anciennement acquise pour ces jeunes coréens. Téléphones portables et alcool font aussi l’objet d’une consommation intense.



Il est des moments sujets à de longs fous rires, lorsque l’héroïne, très fantaisiste, imagine des scénarios tous plus loufoques les uns que les autres pour le cinéma. Ces histoires sont réellement mises en scène pour le spectateur, et jouées par nos deux héros, qui se retrouvent pour le coup dans des situations invraisemblables.

La narration, quant à elle, avantage également l’histoire, la rythme et la dynamise, la majorité de l’action constitue un grand flash back qui prend fin au terme du film avec un happy ending qu’on sentait venir, mais qui laisse une certaine euphorie chez le spectateur, alors que les personnages semblaient avoir fait une croix sur leur futur.



Le caractère des personnages, témoin du contexte historique et social actuel, une certaine naïveté, la narration poétique imprègnent le film de son caractère fédérateur pour les futures générations de coréens et de coréennes, et nous offrent, nous autres occidentaux, un inoubliable moment de cinéma, d’une fraîcheur rare.



 
Par Jerry Steiner
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus