
La raison pour laquelle j’ai eu envie de voir ce film d’Eric Rohmer est tout simplement parce qu’il a été tourné au Mans, c'est-à-dire chez moi. Au casting, on retrouve Dussollier et Dombasle qui à l’époque, étaient tout jeunes (le film a été réalisé en 1982).
Malheureusement, même en étant objectif, je crois qu’on peut se permettre de dire que le film est très mauvais. A commencer par les acteurs, et principalement le rôle principal de Sabine, tenu par Béatrice Romand. Non seulement elle n’exprime absolument rien à travers son jeu et le ton de sa voix, tous deux spécialement plats, mais en plus, le personnage qu’elle joue est tout à fait détestable. Il s’agit d’une jeune étudiante en histoire de l’art à Paris qui décide du jour au lendemain de se marier, sans même avoir rencontré son futur mari. Son personnage est capricieux comme un enfant de trois ans, méchant aussi et finalement assez bête.
Le film narre donc ses tentatives de séduction sur Edmond, jeune avocat parisien ambitieux qui fait passer sa carrière avant tout (joué par Dussollier). Quant à lui, il n’est pas franchement bon (pas vraiment mauvais non plus) mais son personnage est tout autant désagréable car hypocrite et lâche. Il traite le personnage de Sabine de façon tout à fait odieuse en ne lui donnant aucune nouvelle et en refusant même de la recevoir alors qu’elle pensait qu’ils avaient un début de relation.
En ce qui concerne Arielle Dombasle, elle est assez sobre, et relève le niveau de ce film ennuyeux et sans grand intérêt.
Je parlais l’autre jour de Rohmer, qui avait réalisé un court pour la série « Paris vu par » de 1964. Ce sont pour l’instant ses deux seuls films que j’ai vu, et sûrement les derniers car aucun des deux ne m’a donné envie de fouiner un peu plus dans sa filmographie, et je doute maintenant qu’on puisse y trouver quelques perles que ce soient.
Il est un fait indéniable de nos jours, le cinéma asiatique est bien supérieur en qualité à notre cinéma occidental (européen et américain). Même les films d’action le confirment, en témoigne ce Breaking News, venu tout droit de Hong Kong. Il s’agit d’une vague critique contre l’influence des médias sur la population, prétexte à de nombreuses scènes d’explosions et de fusillades entre les bons et les méchants.
Certes, présenté de cette façon, on peut ne pas voir où se trouve la supériorité par rapport à un film américain de base. Cependant, le réalisateur Johnny To a eu l’ambition de faire de sa scène d’ouverture un moment que les spectateurs n’oublieraient pas de sitôt. En effet, il s’agit d’un long plan séquence de 6 minutes et 47 secondes ! Le cadreur est placé sur une grue et sa caméra sûrement sur un steadycam, puisqu’une fois au sol, il se balade dans la rue en toute souplesse où l’action prend place, entre les personnages. L’image n’est pas très stable quand la prise de vue est aérienne mais cela présente le net avantage de pouvoir aller fouiner dans les moindres recoins, comme observer la réunion des « méchants » dans leur appartement.
Lorsqu’ils en ressortent, la fusillade commence alors avec les policiers, l’histoire est lancée. La caméra prend alors plaisir à se placer tantôt du côté des flics, tantôt dans le camp des méchants pour suivre l’action au plus près.
On peut pourtant regretter que la fin de ce plan ne signifie pas la fin de la scène, ce qui aurait été assez logique. Cela est du sans doute aux besoins d’une explosion : le cut a lieu quand un des terroriste tire une roquette sur la police. J’aurais aimé voir durer ce plan jusqu’à la scène suivante, cela lui aurait donné une dimension d’autant plus grande.
ultime image du plan séquence
Et cut depuis l'autre côté de la rue
Je parlais l’autre jour de la fameuse grue de « The Terminal » sans laquelle le film n’aurait pas duré plus de dix minutes. Ici, cet outil n’est pas utilisé à outrance et la mise en scène de l’action qui s’y déroule (donc la préparation du seul plan d’ouverture) a du demander autant de temps à Johnny To et à son équipe qu’à Spielberg pour préparer une bonne cinquantaine de plans de son terminal, au bas mot. Ce ne sont pas tant les allées et venues des personnages qui sont complexes dans « Breaking News », mais le fait de devoir synchroniser les différentes saynètes qui ont lieu dans la rue pour qu’elles s’enchaînent naturellement et sans accroc devant l’objectif.
Au début de ce mois d’août, je suis allé voir cette série de six court métrages représentant chacun un quartier de la ville. Le cinéma qui jouait (et joue toujours) le film est justement situé dans le Quartier Latin, décor du premier court, par Jean Douchet. Ce sont deux petites salles d’art et essai, décorées d’une manière bien originale, moulures et tableaux aux murs, ce qui change de la moquette murale noire et triste des cinémas plus récents.

Pour en revenir au film, on y trouve du très bon comme du très mauvais. Celui de Douchet, qui ouvre la danse, a un peu vieilli (ils ont tous été réalisés en 1964), surtout à cause de la voix-off, la sienne, dont la manière de narrer est assez ancrée dans l’époque (sa manière de prononcer « Bentley » est typiquement française !).
Vient ensuite le court de Jean Rouch, se déroulant dans le quartier de la gare du Nord. Un couple, nouveau propriétaire, se dispute à propos de l’acquisition récente de leur appartement, puis fini par se séparer (temporairement ?), quand la femme se rend à pied à son travail et rencontre un homme qui semble être dépourvu de tous les défauts qu’elle reprochait à son mari quelques minutes plus tôt... J’ai trouvé ce film vraiment bon dans la mesure où Rouch parvient à faire ressentir à l’écran l’ambiance morose que dégage le quartier et les sentiments éprouvés par les personnages.
Le troisième court, réalisé par Jean-Daniel Pollet, seul réalisateur de cette série qui m’était inconnu, s’installe rue Saint-Denis, dans l’appartement d’un homme qui a engagé une prostituée. Le film raconte donc, avec beaucoup d’humour, la soirée entre les deux personnages, venus de province, qui évoquent avec nostalgie leur ville respective.
Puis Godard met en scène son histoire, entre Montparnasse et Levallois. Une jeune fille envoie en même temps, par erreur, une lettre à chacun de ses deux amants dans l’enveloppe adressée à l’autre. Elle essaie alors d’intercepter les lettres chez chacun d’entre eux en leur avouant qu’elle voulait rompre avec l’autre... Sans être exceptionnel, ce film est tout de même amusant quant arrive le dénouement de l’histoire.
Et arrive la catastrophe, celle d’Eric Rohmer, qui se déroule place de l’Etoile. Le seul film que j’ai vu de lui est « Le Beau Mariage », dont je parlerais peut-être dans un prochain article, et ne m’a franchement pas donné envie d’en voir d’autre. Celui-ci ne contredit pas ma crainte avec une histoire complètement bidon et des acteurs assez mauvais. Rohmer a même l’audace de mettre en scène un meurtre à coup de parapluie !
Puis le dernier film, de Chabrol, met en scène une famille bourgeoise et plutôt déstructurée du XVIème, dans le quartier de La Muette, à tel point que le fils est contraint de porter des boules Quiès pour ne plus subir les perpétuelles disputes de ses parents. Ce court n’est pas mauvais, mais l’action ne se déroule que dans la maison de famille, et montre donc uniquement la façon qu’ont de vivre ces parisiens, et non le quartier dans lequel ils évoluent.
Le fait d’être allé voir ce film m’a non seulement fait connaître un nouveau réalisateur (Jean-Daniel Pollet), mais surtout le cinéma lui-même qui joue en permanence des classiques de la Nouvelle Vague, et cela, à un prix très raisonnable pour un établissement qui se trouve à Saint-Germain-des-Prés (5,50 € pour les étudiants).




Commentaires