
Deux hypothèses s’offrent à la défense de Russ Meyer après avoir visionné « Ultra Vixens » (1979), dont il est le réalisateur.
1/ Sinologue en herbe et en manque de papier, il s’entraîne à calligraphier sur ses propres décors, seuls supports exploitables restants pour sa plume, les prémices de ce que sera plus tard le sinogramme « fang » exprimant la notion d’espace, de direction, d’ordre.
2/ Nazi militant, il ne peut s’empêcher de tracer des croix gammées sur tous les murs qui l’entourent. Et là, du coup, on lui pardonne moins facilement ses lacunes en chinois et surtout son humour misogyne, qui ne serait alors pas vraiment deuxième degré.
Il y a une année à peine, les journalistes du monde entier pleuraient sa mort... Mais ont-ils seulement vu ce film !
Et vous, qu’en pensez-vous ?
(Je vous invite fortement par là à laisser un commentaire éclairé pour essayer d’élucider l’affaire, à l’aide du petit lien ci-dessous portant ladite mention)
Les deux photogrammes ci-dessus sont issus du film Ultra Vixens (1979) de Russ Meyer.

Ça y est ! Depuis le temps que je voulais aller le voir, ce nouveau Burton, c’est maintenant fait.
Je crois pouvoir l’affirmer sans me tromper (ayant vu toute la filmo de Burton à l’exception du bouseux « Planet of the Apes ») que c’est la première fois dans un de ses films qu’on peut trouver un hommage aussi fort au travail d’un autre réalisateur, au point de durer une scène toute entière.
Tout commence lorsque Willy Wonka, l’extravagant concepteur et fabricant de chocolat, autorise ses jeunes invités à visiter la pièce de leur choix. Le prévisible Mike Teavee (vous aurez noté le nom !) choisi donc sans surprise la salle de télévision. Et dès lors que l’ascenseur magique de l’usine ouvre ses portes sur cette fameuse salle, tout respire un univers fort bien connu. A première vue, c’est le mobilier entièrement blanc, rond, et kitch type seventies qui frappe. Puis les personnages s’avancent dans la salle, et à travers l’écran de télé, on aperçoit nettement un groupe de singes en possession d’ossements, qui les utilisent à outrance, à travers un cadrage bien connu.
A ce moment là, la coïncidence laisse place de plus en plus à l’hommage, tellement les éléments sont nombreux et évidents. Et soudain, plus aucun doute possible, puisque que c’est le morceau « Also Sprach Zarathustra » de l’orchestre philharmonique de Vienne qui accompagne l’image, c'est-à-dire le thème d’ouverture de « 2001 L’odyssée de l’Espace ». Et vient encore après le Requiem du Bavarian Radio Symphony Orchestra, avec ses voix apocalyptiques.
Le clou du spectacle arrive lorsque Willy Wonka explique qu’il sait faire passer ses tablettes de chocolat par les ondes pour les faire apparaître à l’intérieur des postes de télévision. Il en fait la démonstration aux possesseurs de Golden Ticket et à leurs affiliés, en apportant une énorme tablette de chocolat puis en la transmettant à l’intérieur de l’écran sous les yeux ébahis des enfants, et des nôtres aussi, puisque les singes refont leur apparition, mais cette fois devant le monolithe, et Burton, sans doute avec humour (je me pose encore la question), remplace dans l’image le monolithe autour duquel les singes s’agitent par sa fameuse tablette, qui devient alors la symbolique puissance de cette scène remake.
J’ai vraiment été surpris par cette séquence, tout d’abord parce que c’est la première fois que Burton fait référence à un autre film de façon aussi expressive, et encore plus parce que jamais je n’aurais imaginé qu’il fasse un clin d’œil au travail de Kubrick (et en l’occurrence, il s’agirait plutôt de clignements à répétitions), tant ils sont différents l’un de l’autre. Etant moi aussi un très grand admirateur des travaux de Kubrick en général (vous avez remarqué mon en-tête), et tout particulièrement de 2001, je me suis donc beaucoup amusé.

Bill Muray crée l’événement avec le nouveau film de Jarmusch, « Broken Flowers », et parade en ce moment sur les couvertures des « Cahiers du Cinéma » et de « Télérama ». Ce dernier lui consacre un portrait élogieux nous apprenant notamment que Murray aime vivre loin du show business et travaille depuis longtemps sans agent, uniquement à l’aide d’un répondeur. Vous en saurez plus sur ce personnage tout à fait atypique du paysage cinématographique américain, qui n’hésite pas à attendre pendant plusieurs années le script qui lui paraît idéal.
Depuis quelques années, le cinéma coréen a su trouver son propre style pour devenir à mon avis le meilleur à l’échelle mondiale, devançant même (de peu) le cinéma japonais. Les films coréens les plus médiatisés chez nous sont sans doute ceux de Kim Ki-Duk, sortis tous à la suite il y a de cela une année environ (« Printemps, été, automne, hiver et printemps », « The Isle », « Bad Guy », « The Coast Guard »...), et plus récemment « Locataires ». Les distributeurs français étaient sans doute frileux à ce genre de cinéma, bien particulier il faut le reconnaître. Pourtant, il y a peu de temps, on a vu apparaître sur nos écrans « Old Boy » de Park Chan-Wook, vainqueur du Grand Prix au festival de Cannes 2004, qui démontrait une fois de plus le génie naturel qu’ont les coréens à faire des films marquants.

Malheureusement resté trop inconnu dans nos contrées, « My Sassy Girl » (« Yeopgijeogin geunyeo » en VO) de Kwak Jae-Young, sorti en 2001, a bien fait subir au cinéma coréen un considérable bond en avant. Il serait même très probable que d’ici quelques années, il devienne LE film phare de la pop culture coréenne, une référence incontournable au même titre que sont toujours « Les Bronzés Font du Ski » chez nous. C’est une histoire d’amour entre deux étudiants. Jusque là, rien de bien original me direz-vous, mais ce qui est nouveau, c’est la manière d’aborder cette histoire, son contexte social. Le symbole d’une Corée dont la réussite économique n’est plus à démontrer.
C’est avec une certaine tendresse, une certaine poésie, et un humour toujours très fin (quoique, la première scène du métro...) propres au cinéma asiatique en général, que nos personnages sont mis en scène dans des situations quotidiennes qui ne mériteraient pas un film en Occident. Ce sont justement ces symboles qui en font une sorte de modèle pour les coréens, qui leurs suggèrent une façon de vivre qu’aucun citoyen du pays n’aurait imaginé quelques décennies auparavant. Les terrains de sports, les boîtes de nuit, les restaurants sont autant de lieux où se déroule le film, et principalement le métro, symbole de l’urbanisation, de la liberté de mouvement pas si anciennement acquise pour ces jeunes coréens. Téléphones portables et alcool font aussi l’objet d’une consommation intense.
Il est des moments sujets à de longs fous rires, lorsque l’héroïne, très fantaisiste, imagine des scénarios tous plus loufoques les uns que les autres pour le cinéma. Ces histoires sont réellement mises en scène pour le spectateur, et jouées par nos deux héros, qui se retrouvent pour le coup dans des situations invraisemblables.
La narration, quant à elle, avantage également l’histoire, la rythme et la dynamise, la majorité de l’action constitue un grand flash back qui prend fin au terme du film avec un happy ending qu’on sentait venir, mais qui laisse une certaine euphorie chez le spectateur, alors que les personnages semblaient avoir fait une croix sur leur futur.
Le caractère des personnages, témoin du contexte historique et social actuel, une certaine naïveté, la narration poétique imprègnent le film de son caractère fédérateur pour les futures générations de coréens et de coréennes, et nous offrent, nous autres occidentaux, un inoubliable moment de cinéma, d’une fraîcheur rare.

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